Dernier aspect qui rendrait pertinent une lecture « biopolitique » de l'action gouvernementale : la réorientation même de l'objectif de cette politique en fonction d'un horizon « positif », celui de « l'immigration choisie », en lieu et place d'une « immigration zéro » qui donnerait à l'action politique un horizon à la fois restrictif et stigmatisant. Je m'arrêterai peu sur cet aspect (Eric Fassin, je crois, nous dira comment les valeurs d'ouverture et d'intégration sont aujourd'hui mise au service d'une politique restrictive). J'insisterai seulement sur ceci :'à mon sens, il faut prendre au sérieux le réaménagement opéré par Sarkozy, entre les dimensions de « modernité » et de « fermeté » entre lesquelles ses prédécesseurs naviguaient dans la forme du compromis. Le thème de « l'immigration choisie » permet d'articuler dans un seul et même discours les objectifs de modernité et de fermeté, en faisant systématiquement de la dimension négative de la politique le moyen de parvenir à ses fins positives. Ce réaménagement ne relève pas seulement de la pirouette rhétorique mais retentit, en cascade, sur toute la critériologie mobilisée pour penser et organiser la restriction de l'accès au territoire : le non-respect supposé des valeurs d'ouverture devient la raison centrale pour fermer la porte ; la prise en compte du « parcours individuel du migrant » devient la raison invoquée pour réaliser l'intégration des services à l'intérieur d'un seul et même ministère de l'immigration, etc.
Ce réaménagement n'empêche pas, évidemment, que la dimension répressive prime : la part des mécanismes destinés à lutter contre l'immigration dite subie, est infiniment supérieure à celle des mécanismes destinés à favoriser l'immigration dite choisie (Cf Cette France-là, p.144). Au fond, ce constat d'un renforcement des dimensions négatives du pouvoir, corrélatif à sa subordination à des objectifs positifs, fait penser à ce que Foucault écrivait dans La Volonté de savoir : « ce formidable pouvoir de mort – et c'est peut-être ce qui lui donne une part de sa force et du cynisme avec lequel il a repoussé si loin ses propres limites – se donne maintenant comme le complémentaire d'un pouvoir qui s'exerce positivement sur la vie, qui entreprend de la gérer, de la majorer, de la multiplier, d'exercer sur elle des contrôles précis et des régulations d'ensemble ».
Ici, la question critique devient extrêmement délicate : tout le problème est d'articuler une critique qui puisse, non dénoncer au nom des valeurs d'ouverture et d'hospitalité le caractère répressif et objectivement xénophobe d'une politique, mais dénoncer une politique qui fait de la répression et de la xénophobie l'incarnation principale des valeurs d'ouverture et d'hospitalité.
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